FRANTZ FANON

Frantz FANON est peu connu dans son pays, la Martinique, car il a passé l'essentiel de sa vie de militant dans sa terre d'adoption, l'Algérie.

FANON est né à Fort-de-France le 20 juillet 1925. Il meurt à Washington le 6 décembre 1961, à l'âge de 36 ans, des suites d'une leucémie. Il est inhumé au cimetière de "Chouhada" (TUNIS). Médecin psychiatre, écrivain, combattant anti-colonialiste, FANON a marqué le XXe siècle par sa pensée et son action, en dépit d'une vie brève frappée par la maladie.

FANON fit ses études secondaires au lycée SCHOELCHER, ses études supérieures à la faculté de médecine de Lyon et fut nommé, en 1953, Médecin-chef de l'hôpital psychiatrique de Blida, en Algérie. Il avait déjà publié, en 1952, "Peaux noires, masques blancs". En 1956, deux ans après le déclenchement de la guerre de libération nationale en Algérie, FANON choisit son camp, celui des colonisés et des peuples opprimés. Il remet sa démission de son poste à l'hôpital et rejoint le Front de Libération Nationale (FLN) en Algérie.

Il eut d'importantes responsabilités au sein du FLN, membre de la rédaction de son organe central, "El Moudjahid". Il fut chargé de mission auprès de plusieurs Etats d'Afrique noire, ambassadeur du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) au Ghana. Il échappa à plusieurs attentats au Maroc, en Italie. Jusqu'à sa mort, FANON s'est donné sans limites pour la cause de la libération des peuples opprimés.

L'action de FANON se situe dans le contexte d'après-guerre marqué par la lutte idéologique entre le bloc occidental mené par les Etats-Unis et le bloc socialiste mené par l'Union Soviétique. La cassure semble irrémédiable entre l'Est et l'Ouest mais un troisième monde émerge au cours des années 1950-1960 : c'est le tiers-monde qui revendique lui aussi sa place dans les relations internationales et sa part dans le partage des richesses de la planète

Le tiers-monde affirme pour la première fois son existence politique en 1955 à la Conférence de BANDOUNG, en proclamant son refus de la bipolarisation du monde. De nombreux leaders du tiers-monde apparaissent en même temps que les mouvements de libération nationale et mènent une lutte de plus en plus radicale en Afrique, en Asie, en Amérique latine. 

Les années 1960 sont marquées par des répressions violentes et des assassinats d'hommes politiques représentant la lutte des peuples opprimés : répression sanglante en Indonésie en 1965 (500 000 morts), assassinat de Patrice LUMUMBA au Congo, assassinat de CHE GUEVARA en Bolivie; assassinat de MALCOLM X, de MARTIN LUTHER KING aux Etats-Unis, assassinat de MEHDI BEN BARKA au Maroc, procès de RIVONIA en Afrique du Sud où NELSON MANDELA et ses compagnons sont condamnés à la prison à vie.

En Martinique, la jeunesse se révolte pendant trois nuits d'émeute à Fort-de-France (décembre 59, trois morts), puis c'est l'arrestation et la déportation des jeunes Martiniquais de l'OJAM (Organisation de la Jeunesse Anticolonialiste de la Martinique) qui avaient osé placarder partout des affiches où l'on pouvait lire : "La Martinique aux Martiniquais".

C'est dans ce contexte d'affrontement Est-Ouest doublé d'une lutte Nord-Sud que s'inscrivent l'action et la pensée de FANON.

FANON a toujours dénoncé les intellectuels qui ne s'engagent pas réellement et pratiquement dans la lutte révolutionnaire.  

" Libération nationale, renaissance nationale, restitution de la nation au peuple, Commonwealth, quelles que soient les rubriques utilisées ou les formules nouvelles introduites, la décolonisation est toujours un phénomène violent. La décolonisation qui se propose de changer l'ordre du monde est un programme de désordre absolu.

Mais elle ne peut être le résultat d'une opération magique, d'une secousse naturelle ou d'une entente à l'amiable. On ne désorganise pas une société, aussi primitive soit-elle, avec un tel programme, si l'on n'est pas décidé dès le début, c'est-à-dire dès la formulation même de ce programme, à briser tous les obstacles qu'on rencontrera sur sa route. Le colonisé qui décide de réaliser ce programme, de s'en faire le moteur, est préparé de tout temps à la violence. Dès sa naissance il est clair pour lui que ce monde rétréci, semé d'interdictions, ne peut être remis en question que par la violence absolue " (extraits de l'œuvre majeure de Fanon : "Les Damnés de la Terre", publiée l'année de sa mort).

Le combat de FANON ne visait pas seulement la libération de l'homme noir ou du colonisé. Il cherchait à libérer l'homme :

" Etre responsable dans un pays sous-développé, c'est savoir que tout repose en définitive sur l'éducation des masses, sur l'élèvation de la pensée, ce qu'on appelle trop rapidement la politisation. Il s'agit pour le tiers-monde de recommencer une histoire de l'homme. La décolonisation est véritablement création d'hommes nouveaux. Mais cette création ne reçoit sa légitimité d'aucune puissance surnaturelle la "chose" colonisée devient homme dans le processus même par lequel elle se libère. 
Je ne veux pas chanter le passé aux dépens de mon présent et de mon avenir. Je ne veux pas être esclave de l'esclavage. Je ne veux qu'une chose que cesse à jamais l'asservissement de l'homme par l'homme, c'est-à-dire de moi par un autre. Qu'il me soit permis de découvrir et de vouloir l'homme où qu'il se trouve "

" FAIRE PEAU NEUVE, DEVELOPPER UNE PENSEE NEUVE, TENTER DE METTRE SUR PIED UN HOMME NEUF ", voilà l'essentiel du message de FANON, un message qui est toujours d'actualité au moment où on assiste à la montée des intégrismes de tous bords, dans un monde d'inégalités où le fossé se creuse entre riches et pauvres, entre nantis et démunis.

" OUI, IL FAUT COMPROMETTRE TOUT LE MONDE DANS LE COMBAT POUR LE SALUT COMMUN ! "

OUVRAGES DE FANON

- Peau Noire, Masques Blancs , Editions du seuil 1952 .

- L’an v de la révolution algérienne, réédité en 1966 sous le titre " Sociologie d’une révolution . "

- Pour la révolution africaine, (1964)

- Les damnés de la terre (1961)

- Les annales médico-psychologiques (1953)

- Congrès des mèdecins aliénistes et neurologistes de France et pays de langues française (1953) avec le Dr François Tosquelles

- " Sur essai de réadaptation chez un malade avec épilepsie morphiques et troubles de caractère graves avec le Dr François Tosquelles

- " Notes sur les techniques de sommeil avec conditionnement et contrôle encéphalographique " avec les Dr Espinay et Zenner

- " Conduites d’aveu en Afrique du Nord "avec le Dr Lacaton (1955)

- "Le TAT chez la femme musulmane sociologie de la perception et de l'imagination"avec le Dr Géromini (1956)

- Revue pratique et sociologie de la vie sociale et D’hygiène mentale n°1, 1956," l’attitude de musulmans magrébins devant la folie "

- La Tunisie médicale Vol 36 et 37 (1958/1959)

- Conscience maghrébine (1955) " Réflexions sur l’ethnopsychiatrie "

- L’information psychiatrique(1954)

- * La socialthérapie dans un service d’ "hommes musulmans " avec le Dr Azoulay

- * Aspects actuels de l’assistance mentale en Algérie avec les Dr Dequer, Lacaton, Micusi et Ramee

- Maroc médical, janvier 1957, "signification psychopathiques "

Quelques Citations de Frantz Fanon aimées par Ntumua Mase :

Les nations européennes se vautrent dans l'opulence la plus ostentatoire.Cette opulence européenne est littéralement scandaleuse car elle a été bâtie sur le dos des esclaves,elle s'est nourrie du sang des esclaves, elle vient en droite ligne du sol et du sous-sol de ce monde sous-développé. Le bien-être et le progrès de l'Europe ont été bâtis avec la sueur et les cadavres des Nègres, des Arabes, des Indiens et des Jaunes. Cela nous décidons de ne plus l'oublier. (Les Damnés de la Terre,1961)

Le colonialisme n'est pas une machine à penser, n'est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l'Ètat de nature et ne peut s'incliner que devant une plus grande violence.

Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir.

Les peuples africains doivent se souvenir qu'ils ont été confrontés à une forme de nazisme, à une forme d'exploitation de l'homme, de liquidation physique et spirituelle lucidement menée, que les manifestations française, anglaise, sud-africaine de ce mal là doivent les retenir, mais qu'ils doivent également s'engager à affronter ce mal en tant que mal sur l'ensemble du territoire africain. (Pour la libération africaine)

Car nul ne connaît le nom du prochain Lumumba. Il y a en Afrique une certaine tendance représentée par certains hommes. C’est cette tendance dangereuse pour l’impérialisme qui est en cause. Gardons nous de ne jamais l’oublier : c’est notre sort à tous qui se joue au Congo (Pour la Révolution Africaine)

Depuis plusieurs années l’histoire du monde, l’histoire de la lutte des hommes pour la dignité, pose aux peuples des problèmes définis. Les hommes asservis et opprimés par des nations étrangères sont aujourd’hui invités à participer totalement à l’œuvre de démolition du système colonial. Et il n’est pas exagéré de dire que si les parties du monde où s’est déjà réalisée l’existence nationale marquent le pas sans dépasser leurs contradictions, c’est parce que précisément toute nouvelle marche vers le progrès implique la libération des colonies.

Le grand succès des ennemis de l’Afrique, c’est d’avoir compromis les Africains eux-mêmes. (Pour la Révolution Africaine)

Les Africains devront se souvenir de cette leçon. Si une aide extérieure nous est nécessaire, appelons nos amis. Eux seuls peuvent réellement et totalement nous aider à réaliser nos objectifs parce que précisément, l’amitié qui nous lie à eux est une amitié de combat.(Pour la Révolution Africaine)

l’Afrique a la forme d’un revolver dont la gâchette se trouve au Congo 

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NTUMUA MASE